Ça brasse dans le milieu de la désinformation

L’envers de la médaille en vaut peut-être pas la chandelle

Cher lecteur (ou chère boîte de pourriels, c’est selon),

Je ne sais pas encore à quelle fréquence je vais publier cette infolettre, mais l’objectif est de le faire régulièrement. Depuis le début de l’année, j’essaie de publier quotidiennement sur mon blogue une sorte de revue de presse autour de sujets qui m’intéressent: les médias, les technologies, l’urbanisme, la futurologie ou l’introversion. L’objectif est de constituer des archives autour de ces sujets, de faire des liens entre eux et aussi, de m’affranchir un peu des réseaux sociaux.

Ici, je vais essayer de me baser sur ces nouvelles qui m’ont interpellé et d’en parler de façon plus personnelle, pour me forger une opinion. Mais pas trop souvent. Parce que la plupart du temps, il n’est pas nécessaire d’avoir une opinion.

La citation de la semaine

“L’envers de la médaille en vaut peut-être pas la chandelle à un certain moment donné.” - Michel Godbout

Ça brasse dans le milieu de la désinformation

D’abord, je suis tombé cette semaine sur un texte de Nicholas Carr, auteur du livre The Shallows: What the Internet Is Doing to Our Brains. Il estime qu’internet n’a pas rempli ses promesses de démocratiser la connaissance, d’unir les gens ou de faire la paix dans le monde (genre): 

« Le paradoxe des médias numériques, c’est que même s’ils nous offrent un accès plus grand et plus rapide que jamais à l’information, ils présentent cette information d’une façon qui nuit au processus mental qui est requis pour construire nos connaissances. »

Je suis de nature optimiste quant aux effets d’internet. J’ai l’impression que nous sommes dans une période d’ajustement, mais qu’à un moment donné, les gens vont arrêter d’être frus frus sur Facebook. Non? N’empêche qu’effectivement, avoir accès à plus d’information ne veut pas dire que nous sommes plus « connaissants ». 

Il n’y a tellement de manières différentes de présenter l’information sur les réseaux sociaux. Par exemple, les mèmes ne sont pas seulement des petites blagues que l’ont se passe sur internet, comme en témoigne cette présentation qui nous explique qu’ils sont aussi un miroir de nos anxiétés du moment et de nos idiosyncrasies culturelles (je l’ai googlé pour vous « manière d'être particulière à chaque individu qui l'amène à avoir tel type de réaction, de comportement qui lui est propre. »).

« Ils aident aussi à définir les médias, et sont définis par les médias — si vous contrôlez le média, vous contrôlez la culture. Au final, les mèmes présentent des vérités collectives riches qui ont une résonnance chez les gens. »

En 2013, j’avais d’ailleurs participé à la production de ce projet de l’ONF sur les mèmes. 

En « mème » temps (la pognez-vous?), les discussions se réduisent parfois à se pitcher des mèmes par la tête sur Twitter. Ça ne fait pas toujours des discussions profondes et éclairées.

Surtout qu’il faut savoir bien l’analyser, cette information. Ne pas se laisser berner. Et ça deviendra de plus en plus difficile. Dernièrement, des chercheurs de l’Université Georgetown (c’est à Washington D.C., ç’a l’air) ont démontré qu’il est relativement facile de générer de la désinformation entièrement grâce à l’intelligence artificielle. Du moins, ça fonctionne bien pour de courts tweets.

Pas encore de quoi voler le travail des bonimenteurs (j’adore ce mot) qui sévissent sur nos ondes, mais peut-être celui de quelques rédacteurs qui travaillent dans les fermes de trolls russes. Cultiver la désinformation avec des algorithmes, c’est l’avenir. Ça et cultiver le soya. Le tofu est rendu très populaire.

Mais la désinformation n’est pas qu’affaire de « fake news ». La malhonnêteté ne date pas d’hier.

On peut tromper autrement, en amplifiant un phénomène. L’obsession de Fox News envers la critical race theory le démontre.

Le mouvement woke et le racisme systémique sont des réalités importées des États-Unis qui ne s’appliquent pas au Québec, nous disent vos polémistes préférés. Tout ça en même temps qu’ils importent les techniques de Fox News pour nous submerger de leurs critiques de ceux-ci.

« C’est le bonhomme sept heures qu’utilisent les conservateurs pour faire peur aux gens qui pensent que les enfants Américains sont endoctrinés par les enseignants gauchistes et wokes. Et même si ce n’est pas le cas, cette idée prend d’énormes proportions sur Fox News et dans les législatures d’États dirigés par des Républicains. »

Les profs gauchistes qui endoctrinent nos jeunes? Pfff, déjà vu! Ils ont juste ajouté le mot woke cette année.

En faisant ma veille médiatique pour préparer mes chroniques à la radio, j’ai entendu au moins 87 637 fois le mot woke depuis le début de l’année, sur QUB radio particulièrement, alors que je ne l’avais pas entendu en 2020. Même Denis Coderre serait rendu woke!

Je suis moi-même critique de cette culture de l’annulation, particulièrement dans le milieu universitaire. Je suis plutôt Isabelle Hachey que Mathieu Bock-Côté, là-dessus.

Présenter ce mouvement comme la pire menace contre l’humanité, ou presque, me semble par contre exagéré. Je crois que dans la plupart des cas, il est nécessaire d’écouter et de comprendre les doléances des minorités. Aussi, les autorités n’ont pas besoin de céder à la moindre plainte.

Insister sur les quelques dérapages pour monter le phénomène en épingle cache pour certains d’autres desseins. Celui de conforter la majorité, de la présenter en victime, pour générer de l’attention. Parce que nous vivons dans une économie de l’attention.

Et parlant d’attention, Radio X, ma chaîne de radio préférée après CKAC Sports, a fait jaser cette semaine en mettant en demeure la Coalition sortons les poubelles pour que celle-ci arrête de s’attaquer à leurs annonceurs et dévoile l’identité de ses organisateurs.

J’ai bien hâte de savoir si c’est moi qui est derrière ce site comme le clame Radio X depuis dix ans. Ce serait tout un revirement de situation.

Personnellement, je ne suis pas un activiste. Je me moque des personnalités publiques populistes (avec en leur centre, les animateurs de Radio X) pour trois raisons: faire rire, déconstruire leur discours et montrer que ce discours existe. Je n’ai jamais voulu les faire taire parce que je crois en la liberté d’expression, mais j’espère que d’exposer leurs travers pourra atténuer leur influence.

Enfin, difficile de savoir quelle est la situation de Radio X suite à l’abandon de quelques annonceurs l’an dernier en raison de leur positionnement sur le créneau de la négation de la gravité de la pandémie. J’aurais tendance à croire que ça va toujours bien pour eux. Jeff Fillion a de bonnes cotes d’écoute et Éric Duhaime gagne en popularité avec son Parti conservateur du Québec qui s’est transformé en douillet repaire pour les complotistes de tout acabits.

En France, les médias qui calquent Fox News ont le vent des les voiles et Radio X est à 100% un média qui calque Fox News…

S’il vous reste du temps…