Les kogos, la dénonciation comme modèle d’affaires et conquérir la France

¡Hola!

Débutons avec quelque chose de léger. Une petite critique culinaire. Parce que j’ai goûté cette semaine à un de ces fameux pogos coréens, appelés aussi « kogos ». Je suis tombé un peu par hasard sur un petit resto qui en a fait sa spécialité alors que je cherchais où manger avant d’aller voir un film au majestueux Colossus de Laval. Le resto se trouve dans un centre d’achat défraîchi qui donne sur un trop grand stationnement. « Centre d’achat défraîchi et trop grand stationnement », ce qui est un peu la définition de Laval.

Remarquez que je n’ai rien contre Laval, j’ai même des amis qui habitent Laval. Mais il ne faut pas être le kogo le plus dégelé de la boîte pour comprendre qu’on pourrait faire mieux en matière d’aménagement urbain. Mais revenons à nos pogos, justement. Est-ce que c’est bon?

Ce n’est pas mauvais, disons. Mais c’est huileux. Le genre de truc qui te laisse du gras jusque dans le double menton.

Ne faites pas de détour pour y goûter, mais si vous passez par Laval, manger un pogo bien chaud et dégoulinant debout au milieu d'un îlot de chaleur peut être une belle expérience.

Le business de la dénonciation

Plus près de chez nous, je suis tombé sur un article qui m’a fait réfléchir à propos d’un compte Twitter que je ne connaissais pas, qui s’emploie à exposer les dérives de l’extrême droite aux États-Unis.

L’autrice s'y demande si ce genre de compte ne fait pas le jeu des idéologues de droite en présentant sans contexte leurs publications à une large audience qui n'y serait pas exposée autrement. Certains comme Brandy Zadrozny, reporter principal à NBC News, trouve que ce genre de justicier du Web n'apporte pas grand-chose:

« Je vais dans la fosse aux lions et je te rapporte le danger de l'extrême droite. C'est ridicule. Il n'éclaire rien. Il prend juste des vidéos d'un endroit et les met dans un autre. »

N’empêche que PatriotTakes a plus de 400 000 abonnés et a commencé à demander des dons pour poursuivre son travail. C’est devenu pour son opérateur un modèle d’affaires.

Nous avons ici aussi plusieurs personnes qui s’amusent (faudrait vérifier si c'est amusant) à dénoncer les extrémistes ou les conspirationnistes. Dans la plupart des cas, je ne pense pas que ce genre de démarche soit inutile. Elle fait partie d’un écosystème médiatique plus grand qui analyse ces dérives. Si ça ne donne pas l’impression qu’ils sont plus nombreux qu’en réalité, il convient d’en tenir compte et de montrer que ça existe.

Je m'intéresse moi-même à la rhétorique des figures médiatiques et des politiciens. Ce n'est pas tout à fait la même chose que de reprendre ce que disent les quidams combattants de la liberté, mais il y a quand même cet aspect de dénonciation. Dans mon cas, il y a aussi de l'humour. Je trouve que la dérision est plus productive que l'insulte.

J’essaie de ne pas en abuser, même si c’est sans aucun doute ce qui attire le plus d’attention sur les réseaux sociaux. Je sais que si je m'y mettais à temps plein, si je publiais plusieurs citations, captures écran ou commentaires sur ces populistes malhonnêtes tous les jours, ma notoriété en sortirait grandie. Mais je ne veux pas être que ça. Il n’y a pas que ça qui m’intéresse. Il y a aussi Canadien et les pogos coréens.

Il faut juste bien savoir évaluer les intentions derrière ceux qui font cet exercice. Faire de l’argent ou faire la paix dans le monde? De mon côté, c'est pour la paix dans le monde, n’en déplaise à Maxime Bernier qui est en colère contre l’altruisme.

Conquérir la France

Grande nouvelle, Mathieu Bock-Côté s’en va travailler en France, pour la chaîne CNews que plusieurs ont comparé à Fox News (j’en avais parlé un peu). Ça doit lui faire mal de travailler pour une chaîne avec un nom anglais, mais bon.

Il y a quelques trucs qui m’ont fait rire dans l’article du Journal de Montréal à ce sujet. D’abord, lorsqu’il explique de quoi il parlera dans son émission hebdomadaire:

« Je choisis les thèmes que j’ai envie d’aborder. Ça part des questions qui m’habitent. Je pourrais parler du phénomène woke, des questions d’identité, de l’avenir des différentes familles politiques en France... »

« Je pourrais parler du phénomène woke ». Pourrait, au conditionnel. Étonnant. Il parle des wokes dans la moitié de ses chroniques. Il a même utilisé le mot « wokeries » cette semaine dans un texte où il dénonce une émission de Télé-Québec qu'il n'a pas vu. Après wokisme, wokeries... qui dit mieux?

Il commentera aussi l’actualité dans le cadre des autres émissions de CNews et participera à une émission de radio sur Europe 1. Mais…

« Malgré ses nouvelles responsabilités, l’auteur de 41 ans conserve sa chronique au Journal, tout comme son rôle de panéliste à l’émission La Joute, à LCN. Il continuera également d’intervenir sur QUB radio. »

Cnews, Europe 1, LCN, QUB et le Journal de Montréal. Je suis régulièrement d’accord avec les positions de Mathieu Bock-Côté, mais je crois que ses méthodes nuisent au débat public et présentent une vision déformée de la réalité à des auditoires qui n'en demandent pas tant pour se crinquer. Surtout, en commentant tout, à chaud sur toutes ces tribunes, on ne peut penser qu’il soit en mesure d'analyser la situation en utilisant une méthode scientifique qui correspondrait à son statut d'intellectuel.

Je lui souhaite quand même autant de succès en France que Lynda Lemay, mettons.

Parlant de CNews, ça me rappelle cet excellent moment.

S'il vous reste du temps...