L'internet de 1995, les sanitaristes et les micromammifères machiavéliques

J'aime bien ça, les infolettres finalement. J'avais bien déjà celle du Club des mal cités, mais je ne l'envoie que pendant la saison de radio parce que l'été, j'essaie de prendre une pause des citations douteuses. Cette présente missive est moins automatisée, mettons.

C'est Patrick Tanguay qui m'a mis sur la piste des infolettres lors d'un lancement de livre il y a quelques années. Je suis depuis abonné à la sienne, Sentiers. Je vous la recommande fortement (mais c'est en anglais).

À part de ça? Pas grand-chose. J'ai poursuivi cette semaine mon gossage de serveur. J'ai changé le nom de domaine de mon blogue, goudaille.com. J'étais un peu pris avec ce nom-là que je n'aimais pas tant que ça. Goudaille était inspiré de l'expression "Good eye" que les joueurs de balle crient lorsque leur coéquipier au bâton a bien jugé de la qualité d'un tir. "Good eye, Denis!" est régulièrement employé, tout comme "attends ta balle Robert" ou la chanson "le pitcheur pense à sa blonde, douda, douda". Je le sais, je joue à la balle molle dans un prestigieux parc de Laval cet été.

Ça ne satisfaisait pas à mon besoin constant d'être le centre d'attention, alors goudaille.com est devenu tour.niquet.ca. Astucieux, n'est-ce pas?

J'en profite pour faire un petit ménage dans mes publications des 15 dernières années. Ça ne nous rajeunit pas. Je suis entre autres tombé sur ma première facture d'internet, quand j'avais 16 ans en 1995. J'étais déjà sur internet depuis une couple d'années, mais avant, je payais un abonnement à Compuserve avec de faux numéros de cartes de crédit. Ne le dites pas à ma mère.

120 heures d’internet par mois. Dire qu’aujourd’hui, je passe 120 heures sur internet par jour!

C'était ben mieux dans l'temps

L'internet était moins confrontant à l'époque. C'est pu comme c'était. Aujourd'hui, je suis régulièrement triggeré (je ne trouve pas de traduction satisfaisante de ce mot) par des tweets, même si ça fait partie de mon travail de rester impassible devant la bêtise.

La semaine dernière, c'est Jérôme Blanchet-Gravel qui m'a chamboulé. Même si je sais que ce serait bon pour mon rayonnement sur les réseaux sociaux que de répondre aux polémistes comme lui, je résiste toujours à cette envie. J'aime mieux parler dans leur dos. Je sais que d'entreprendre un débat avec ceux pour qui la malhonnêteté n'empêche pas de dormir ne mènerait nulle part .

Bref, ce tweet:

Ça semble inoffensif, mais tout m'énerve là-dedans. Le mot sanitariste, pour commencer. Jérôme Blanchet-Gravel invente sans cesse des concepts pour amalgamer des choses qui n'ont pourtant pas de lien dans le simple but de donner l'impression qu'elles sont pires que dans la réalité. Ensuite, déclarer que ce sont les gens qui ont respecté les mesures qui sont égoïstes. Il faut être assez sauté de la calotte pour écrire cela et le croire (mais le croit-il?). Finalement, dire que les "sanitaristes" se sont fait du capital, alors que ce sont plutôt les leaders anti-mesures comme lui qui ont le plus gagné en notoriété pendant cette période en instrumentalisant la crédulité des gens. Il y en a même un qui en a profité pour se lancer en politique.

Bien sûr, beaucoup de gens connaissent les JBG de ce monde sans nécessairement les aimer. Certains les suivent même pour les détester. Mais l'expression diviser pour régner s'applique ici. S'ils obtiennent l'appui des résistants aux mesures (ce serait quoi l'inverse de sanitaristes... les pas propres?), mais qu'ils sont aussi suivis par une partie de la population qui ne les aime pas, ça fait beaucoup d'indignation à monétiser.

D'ailleurs, selon cet article du New York Times, des agences engagent maintenant des gens pour produire de la désinformation. Je ne dis pas que c'est le cas de Jérôme Blanchet-Gravel qui de toute façon, travaille pour Sputnik, ce média prorusse qui n'est pas reconnu pour son souci de la vérité. Reste que c'est un phénomène mondial. En mai, des "influenceurs" français et allemands de sont vu offrir par une firme londonienne de colporter des faussetés sur les vaccins. Et ils ne sont pas les seuls.

« Il existe malheureusement une énorme demande de désinformation sur le marché et de nombreux endroits dans l'écosystème sont plus que disposés à répondre à cette demande. Les entreprises commerciales ont généré de la désinformation pour le compte d'autrui dans au moins 48 pays l'année dernière, soit près du double de l'année précédente, selon une étude de l'Université d'Oxford. Les chercheurs ont identifié 65 entreprises offrant de tels services. »

Et lorsqu'on dénonce leurs élucubrations, ils jouent à la victime. C'est la stratégie de nos durs à cuire de l'opinion publique qui viennent pleurnicher lorsqu'on les attaque. C'est celle aussi de Donald Trump Jr. Même si les publications les plus populaires des réseaux sociaux sont souvent celles de la droite américaine, celle-ci aime bien se dire victime du biais gauchiste de ces réseaux.

« C'est la philosophie Internet de Trump Jr. en un mot : les algorithmes sont entourés de mystère, donc personne ne sait à quel point quelqu'un pourrait être populaire si le système n'était pas biaisé contre eux. S'exprimant lors de la conférence d'action politique conservatrice l'année dernière, il a déclaré que le parti pris des grandes technologies était "probablement l'un des trois principaux problèmes" de la base nationale de Donald Trump. Dans Liberal Privilege, il exprime son empressement à « aider à exprimer les frustrations de tant d'Américains » qui ont vu « la gauche » prendre le contrôle de la télévision, des journaux et, « encore plus flagrant de nos jours », des plateformes de médias sociaux. »

Pour eux, semble-t-il que lorsqu'une publication ne génère pas suffisamment d’engagement, c’est parce qu’elle est censurée.

Pauvre petit pit.

Mise au point sur les écureuils

Vous avez été nombreux à m'envoyer cette nouvelle cette semaine:

« Une conductrice du Massachusetts, aux États-Unis, a fini sa route dans la maison historique d’Abraham Lincoln, après avoir tenté d’éviter un écureuil. »

C’est vrai que c’est spectaculaire.

Je reçois encore beaucoup de nouvelles ou de vidéos d'écureuils, parce que quelque fois, je me suis insurgé contre ces micromammifères machiavéliques à la radio. Ils sont devenus partie prenante de mon identité. Je suppose qu'il y a pire.

Mais je vais vous faire une grande révélation. Je m'en sacre des écureuils. Ils ne me dérangent pas pantoute. Faut pas croire tout ce que vous entendez à la radio. Tout au plus, ils m'énervent lorsqu'ils mangent le chapeau de ma poubelle. Eille. J'ai maintenant besoin de deux couvercles à moitié rongés pour protéger mes précieuses vidanges.

Ç'a pas de maudit bon sens!

(Je ne sais pas si l'indignation autour des écureuils, ça se monétise?)

S’il vous reste du temps…